Les cendres du Péloponnèse
Quelques semaines plus tard….
Pendant quelques jours, les incendies qui ont ravagé la Grèce, et particulièrement la région du
Peloponnèse, ont fait la une des journaux. Et puis, la coupe du monde de rugby a commencé…
À quoi ressemble aujourd’hui le Péloponnèse ? Y passerez-vous vos prochaines vacances ?
Tolo, 22 septembre 2007. Vous partez, par un joli matin, d’un petit port pittoresque de la côte sud du
Péloponnèse. Journée de soleil, les forêts de pins alternent avec les oliveraies. Et puis soudain, à la
sortie d’un virage, le cauchemar : des squelettes d’arbres noircis, la terre d’un gris de cendres, le
silence… on ralentit, on regarde, incrédule. Sur des centaines de mètres, parfois des kilomètres, la
même dévastation. Et puis, un peu plus loin, la vie reprend, et l’on respire un moment.
Le touriste pressé, sur les grands axes, s’étonnera simplement des dimensions du sinistre, sans en saisir l’impact : si le site d’Acrocorinthe a subi le passage du feu, les vieilles pierres, un peu noircies, en auront peu souffert. À Olympie, les flammes ont cerné l’enceinte, brûlé les collines, approché à quelques mètres à peine du musée, mais tout semblerait presque normal si l’air, habituellement d’un silence absolu, ne résonnait pas du bruit de dizaines de tronçonneuses.
Le bilan
Une tragédie n’est pas une liste de chiffres. En voici cependant quelques uns, cités par l’AFP. « Les incendies qui ont ravagé le Péloponnèse, au sud de la Grèce, ont brûlé plus de 150 000 hectares de terrain, détruit ou endommagé plus de 2 000 bâtiments (…). L’Elide, département le plus durement frappé, à l’ouest du Péloponnèse, recensait jeudi (30 août) 110 000 hectares brûlés, soit près de la moitié de son étendue, dont environ 40 % de forêts (…). Plus de 40 000 moutons et chèvres ont aussi succombé au feu, tandis qu’environ un millier de bâtiments ont été totalement détruits… ». Selon le système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), près de 184 000 hectares de terrain ont brûlé entre le 24 et le 26 août en Grèce, au plus fort de la catastrophe.
24 septembre. Sur la côte ouest du l’Elide, à Zacharo, un gros bourg de 13 000 habitants, tout semble presque normal. Il faut sortir de la ville pour constater que les hameaux de montagne aux alentours ont été totalement ravagés. C’est ici qu’ont péri la majorité des 67 victimes. Bien sûr, ce sont surtout les forêts qui ont brûlé. Les espaces cultivables ont été souvent épargnés, et, même au coeur des oliveraies calcinées, on trouve des habitations intactes. On devine au prix de quels combats… Lorsqu’on demande aux habitants de Zacharo combien de personne ou de maisons sont touchées, ils vous regardent droit dans les yeux, et disent simplement, avec tristesse : « beaucoup ». Car le nombre a peu d’importance. C’est au niveau individuel que se mesure le drame. Outre les arbres fruitiers et la vigne, la récolte des olives représente 60 % du revenu des agriculteurs locaux. Et replanter les arbres perdus est une affaire de longue haleine: un olivier ne commence à produire que sept à dix ans après avoir été planté. “Nous avions des oliviers, ils ont tous disparu”, soupire Theoni Kostandopoulou, 77 ans… Ainsi, à la périphérie d’une petite ville qui semble prospère, les drames sont bien là : plus de ressources, parfois plus de maison, et les 40 morts auxquels chacun pense…
Est-ce terminé ?
23 septembre, Pylos, 12h30, beau temps malgré un vent fort. Une traînée jaune s’étend lentement sur le ciel d’un bleu profond. Les pompiers passent, sirène hurlante. Un premier avion, puis deux canadairs. Un hélicoptère lourd s’affaire au plus près des maisons, l’énorme hydravion Be-200 traite les grands espaces. Habitants et touristes, resteront figés sur place pendant des heures, et repensent aux images récentes… Et l’an prochain, qu’en sera-t-il ?
L’émotion de tout un peuple
J’ai assisté à l’une des nombreuses manifestations qui se sont tenues dans le monde entier pour venir en aide aux victimes. Le 29 septembre, le théâtre antique d’Athènes était plein à craquer pour accueillir une vingtaine d’artistes parmi les plus connus en Grèce (Mikis Theodorakis, Maria Farandouri…). En présence de quelques officiels bien sûr, mais aussi du maire d’une petite ville turque dont la municipalité a décidé l’envoi de 10 000 plants d’oliviers, et dont la population a spontanément pris l’initiative de doubler cette quantité. Je le cite, pour terminer sur un message d’espoir : que nos dirigeants aient la sagesse de remplacer les avions militaires qui, de part et d’autre, surveillent notre frontière, par de nouveaux « pompiers volants »…
Il faut avoir vu 6 000 personnes pleurer ensemble à la projection d’images récentes, puis lentement, à mesure que la nuit avançait, commencer à marquer la mesure, puis à chanter d’une seule voix, pour comprendre que la Grèce, pays des tragédies, est aussi celui d’un espoir millénaire.
René Kauffman, relais
de notre association, lors de son séjour en Grèce. |

Forêt dévastée |

Hélicoptère en action |

Forêt brûltée à la limitte d'Olympie |

Colline brûlée |

Refuge dans une église |

Route incendiée |
| Photo prises en Grèce, suite aux incendies,
par un de nos soutiens, René Kauffmann
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